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sondages, économie


2016-11-23 Les sondages ont tout faux

En guise d'introduction, je recopie ici un extrait d'André Malraux issues de l'article suivant : Malraux : ses étonnantes confidences au Figaro en 1967

[...] Je pense du Gallup [sondage] ce que je pense du carbone 14. Vous retrouvez, en faisant des fouilles, un morceau d'une matière qui a contenu du carbone. Bon. En l'analysant, il vous est facile de savoir quelle est sa quantité de carbone 14. Ce qui vous donne l'âge approximatif de l'objet trouvé. Pour un objet préhistorique, la méthode est excellente, parce que, à cinq cents ans près, elle est précise. Mais s'il s'agit d'un objet découvert dans un foyer allumé sous Louis XIV, mieux vaut ne pas insister. Il en est de même des sondages. Supposons que nous voulions savoir si, oui ou non, les garçons de 18 ans ont envie de voter. Un sondage nous renseignera vraiment. Mais s'il s'agit d'un problème où le sentiment public joue à 52 contre 48 — ce qui est souvent le cas en France — on arrive souvent à un résultat incertain. Dernier point. Au début, nous avons fait des sondages avec des agents qui avaient souvent des passions politiques. Or le gallup ne peut être sérieux qu'à condition d'être fait par des enquêteurs indifférents. Prenez des collectionneurs de papillons, des farfelus complets, sachant à peine qui est le général de Gaulle, M. Mitterrand, M. Mendès-France ou M. Waldeck Rochet. Le travail sera à peu près rigoureux. Si, au contraire, vous avez affaire à des passionnés, c'est la catastrophe.

La précision d'un sondage est assez faible lorsqu'on interroge 1000 personnes : Exemple I : Application aux présidentielles. Tout au plus, la méthode dégage une tendance. Ce qui étonne à propos des élections présidentielles aux Etats-Unis ou de la primaire de la droite en France, le gagnant n'a jamais été en tête dans les sondages. A priori, même si les sondages ne sont que des tendances, l'accumulation des chiffres finit se muer en certitude. Qu'est-ce qui n'a pas marché alors ?

A chaque sondage, nous nous projetons implicitement dans le futur : si l'élection avait lieu aujourd'hui, voici les résultats que nous obtiendrions... Les phénomènes nouveaux font toujours dérégler ce type d'approche. Cela ne veut pas dire pour autant qu'elle est mauvaise mais qu'il faut prendre plus de précaution à la lecture des chiffres. Nous ne savons pas mesurer ce que nous n'avons jamais vu.

L'intention de vote est changeante. les récentes élections nous l'ont montré. Le sondage d'un jour influe sur celui de demain et nous avons rarement gardé le même gouvernement d'une élection à l'autre. On finit par se demander si voter pour tel ou tel candidat est vraiment la bonne question à se poser. Cela devient beaucoup trop incertain. Il faudrait sans doute demander des choses tout à fait différente comme la dernière émission politique regardée, les candidats pour lesquels on ne votera pas... C'est peut-être cela le sondage de demain : les non-intentions de vote.


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Xavier Dupré